Scandale des Malfaçons.
Cette année, 2.498 croiseurs se sont crashés lors d’opérations militaires. La plupart des crashs sont dues aux batailles menées autour des planètes. En effet, le bouclier anti aérien des planètes rend les bombardements de plus en plus difficiles. Mais si les dispositifs de défense s’améliorent, quid des croiseurs ?
Le croiseur a suivi une croissance exponentielle qui attire un marché militaire de plus en plus imposant du aux conflits qui se multiplient sur l’ensemble des royaumes. Les modèles sans cesse améliorés se sont succédés pour aboutir jusqu’au fameux modèle X33, l’High Tech de la technologie, le must de l’aéronautique, le bijou de l’armement. En un mot, le X33 est supposé représenter l’aboutissement des recherches scientifiques de la Fondation. Imaginez donc : Un calculateur de sauts successifs en hyperespace, dispositif d’armement de précision pour frappe chirurgicale, assistance de pilotage, personnelles tout confort, système de ravitaillement en orbite. Le croiseur X33 était censé représenter l’avenir de la flotte militaire.
Une puissance de frappe plus importante, moins de militaires pour manipuler l’engin, la possibilité de rester en orbite des années durant pour être prêt à attaquer instantanément, des bombes précises. Bref, le fleuron de la technologie… Et pourtant, un détail entache le tableau.
Ce détail… C’est ce chiffre 42. 42, c’est le pourcentage de croiseurs X33 parmi les 2.498 crashs répertoriés… Et pourtant, seulement 17 % des croiseurs employés pour des opérations militaires sont des X33. En effet, de par son coût de production peu de croiseurs de modèles X33 sont employés. Les Royaumes leur préfèrent les croiseurs de modèle X32, ou même les porte-nefs.
Alors pourquoi ? Pourquoi un modèle de croiseur représentant moins d’un cinquième des modèles en circulation regroupe presque la moitié des crashs répertoriés dans la Galaxie. Pourquoi un modèle censé être plus perfectionné que ses rivaux, plus apte à se défendre contre les dispositifs anti-agression, a le taux de crash le plus élevé des croiseurs en circulation. Pour vous, je ne reculerai devant rien !
Tout d’abord, essayons de voir s’il existe des points communs entre les crashs. Le Professeur Sington étudie les accidents. Il compte pas moins de cent milliers de vidéos d’accidents dans sa base de données, tous répertoriés. Il a fait de l’étude des croiseurs sa spécialité. Membre du congrès scientifique de Terminus, son travail consiste à comprendre le comportement des croiseurs afin de développer de nouveaux croiseurs ou améliorer les modèles déjà existants. Le prototype du modèle X32 nouvelle génération est le fruit des recherches menées dans le laboratoire du professeur Sington.
C’est devant une vidéo holographique que le Professeur m’a reçu. C’est au bout de plusieurs heures d’entretien et le visionnage de moult vidéos, le Professeur Sington en a ressorti une singulière théorie. Selon lui, et vidéos à l’appui, « la plupart des crashs des croiseurs de modèle X33 ont lieu de la même manière, au début de la phase de bombardement. Plus surprenant, la chute des croiseurs semblent à quelques différences près, identiques. Enfin, plus troublant encore : les missiles sol-air envoyés par les planètes ne semblent pas entamer outre mesure le bouclier défensif du croiseur. »
Malgré mon insistance, le Professeur Sington se refusa de donner une explication aux faits, mais a accepté de me fournir une copie de son « top 5 » des crashs les plus spectaculaires de croiseurs X33.
Cette vidéo, elle a parcouru la galaxie. C’est sur Amestris que celle-ci me livra ses réponses. Nous sommes à Resembool Valley, une petite ville sans grande prétention, perdu au beau milieu du désert. 40 degrés à l’ombre, et sans doute autant de garages rien qu’autour du petit astroport. Cette cité est réputée pour ses mécaniciens et l’affluence de pilotes en mal de tuning. C’est à distance de cette ville que se trouve la maison de Flavio Pinako. Les yeux rivés sur son couteau, l’homme cuisinait lorsque je suis arrivé. Pinako fut le plus grand de tous les mécaniciens. En son temps. A présent il s’est retiré, et ne souhaite pas parler mécanique. Il me l’a répété une bonne dizaine de fois avant de céder devant mon insistance, contre la parution complète et non censurée de cet article.
Lectrices, lecteurs, accrochez-vous bien !
Pinako n’eut besoin que d’une seule lecture de la vidéo pour diagnostiquer le point commun entre tous les crashs. Visiblement énervé, il semblait déjà savoir d’où venait ledit problème. « Il s’agit tout simplement d’un dysfonctionnement du système de navigation de bord. L’amorçage des bombes à ciblage automatisé nécessite un apport électrique très impressionnant. Le principe repose sur des lois d’électronique bien complexe. En résumé, cet apport en électricité génère un flot d’interférences conditionné par la cage de Faraday que représente le vaisseau. » Là je vais me permettre de vous épargner les détails techniques, non pas que je souhaite occulter des éléments de l’histoire, mais tout simplement parce que je n’ai strictement rien compris à ce qui m’a été dit.
Après quelques recherches sur holopédia, j’en arrive à résumer ainsi l’explication : La mise en marche du système de largage de bombe provoque un dysfonctionnement dans le vaisseau qui se répercute sur toute l’électronique de bord. Finit irrémédiablement par déstabiliser l’appareil provoquant son crash. A bord d’un croiseur, le pilote est aveugle. Ce qu’il voit ce sont les données télémétriques que lui montrent les tableaux de bord. Si ceux-ci tombent en panne…
A présent que je sais ce qu’il se passe, ou tout du mien que je suis censé comprendre ce qui se passe, il me reste à entrer dans les détails. Pourquoi ce problème survient-il ? Des ingénieurs ne sont-ils pas censés avoir prévu la présence de telles… interférences ? Ce genre de problème ne peut pas, ne doit pas, se produire. Alors pourquoi ?
Il ne me reste qu’à étudier la piste électrique. Malheureusement pour mon enquête, toutes les universités et les instituts spécialisés refusèrent de s’entretenir avec moi, à l’exception de l’Institut Phy. L’institut Phy, elle, m’a rit au nez avant d’y fermer la porte (de mon nez). Finalement c’est dans un petit laboratoire que la route me mena. C’est là qu’un certain Bogd Anov m’a reçu. C’était en fait une chambre d’étudiant. Mais Bogd, passionné d’électronique, l’a aménagée. Les murs sont couverts de posters montrant des composants électroniques complexes. Au plafond, trois formules mathématiques appliquées à l’électronique sont dessinées à l’encre effaçable. Si je n’avais pas quitté l’école il y a si longtemps de cela je serai à même de les déchiffrer, d’ailleurs je jurerais qu’il y a parmi elles la loi de mailles. Sur l’unique table qui meuble la chambre, un nombre incalculables de sondes diverses et variées.
Bref, Bogd est un étudiant en électronique comme bien d’autres. Mais ce qui fait la différence, c’est son don pour la matière. C’est un virtuose des montages en cascade, un génie de la transmission numérique. Et s’il m’a contacté, ce n’est pas pour rien : Bogd espère faire carrière dans la spationautique. Il a entendu, je ne sais comment, ma discussion avec son université. Intrigué, il s’est décidé à m’aider pour tester ses compétences. Et vous me connaissez… charitable au possible. Je lui ai donc remis le rapport que j’ai rédigé des suites de mon entrevue avec Monsieur Pinako. Après avoir écarté un oscilloscope sur la table, il s’est mis à l’ouvrage.
Long moment de solitude. J’avais beau lui parler, il ne m’écoutait pas. Il contemplait le rapport, ajoutait des annotations par-ci par là. Parfois même, lueur d’espoir pour mes pulsions sociales, il se tournait vers moi pour me dire que c’était tout simplement génial. J’étais, pour ma part, ravi de l’apprendre. Ce n’est qu’après de nombreuses heures d’étude que j’eus le fin mot de l’histoire : « En réalité, tout porte à croire que le système d’amorçage des bombes est monstrueusement désuet. Il me faudrait les schémas complets pour pouvoir vous l’affirmer, mais je pense que tout simplement il y a une pièce de série qui ne doit pas, ou mal, supporter le flot d’électrons. »
Autrement dit : il y a une pièce qui flanche. D’autres recherches m’ont permis de comprendre à peu près le problème. Tout d’abord voici une petite étude sur les bombes. Le principe d’une bombe est de faire percuter un élément hautement perturbateur avec une matière fissible afin de provoquer une réaction en chaîne qui propage un flot de Neutrons alimentant la matière fissible, provoquant la détonation qui se propage sur la cible. Par définition, tant que l’élément perturbateur et la matière fissible ne sont pas en contact, il n’y a rien à craindre d’une bombe. La réaction ne se déclenche que lorsque la tête du missile contenant la bombe reçoit un choc suffisamment violent pour mettre en contact la matière fissible et le perturbateur. Un croiseur peut contenir jusqu’à 150 petites bombes atomiques. Imaginez donc ce que provoquerait un choc au cours d’un voyage, une guerre entre deux croiseurs, etc.
C’est pourquoi les bombes sont séparées en deux dans les croiseurs. Ainsi, si le croiseur vient à se crasher seuls les missiles assemblés peuvent risquer d’exploser. En effet, ce n’est qu’au dernier moment que l’élément perturbateur doit être placé dans le missile. Cette manœuvre se déroule juste avant le largage de la bombe, au moment du survol de la planète. Les risques d’explosion en vol sont alors minimisés. De ce fait, nous voyons donc que le problème viendrait de cette phase d’amorçage. Notons que lors du survol d’une planète, le croiseur est soumis de nombreuses forces extérieures telles que les tirs ennemis ou même les simples turbulences. Selon Bogd, c’est à ce niveau qu’il y a un problème : la mise en place dans le missile du perturbateur devient alors une entreprise délicate. C’est à ce niveau qu’il y aurait le problème constaté. Pour assurer une mise en place sécurisée, une sécurité bien particulière doit être mise en place, notamment des procédures allant à l’encontre de mesures militaires électromagnétiques. Des systèmes supplémentaires à ceux déjà implémentés sur le vaisseau sont adjoints dans les systèmes d’armement des bombes. D’après Bodg, c’est sur cet élément que je dois orienter mon enquête. Selon lui, c’est ce système de sécurisation qui provoque le dérèglement des sécurités inhérentes au pilotage.
En résumé, la protection contre les attaques électromagnétiques placée sur le dispositif d’armement des missiles provoque elle-même une attaque électromagnétique sur le reste du vaisseau. Je touchais quelque chose d’important. Comment se pouvait-il qu’il y ait ce genre de problème sur une technologie de pointe ? Pourquoi ce problème affecterait les modèles X33 et non les modèles de types inférieurs ? Il y avait certainement un gros problème méconnu de tous.
Je ne pouvais m’arrêter là. J’ai décidé d’enquêter autour de l’industrie qui s’occupe de la fabrication de ces dispositifs… J’ai donc contacté la société Radcom & Cie. Malheureusement aucune entrevue ne me fut accordée. C’est alors que je fus contacté par un mystérieux inconnu. Nous l’appellerons Monsieur X. Monsieur X me donna de nombreuses informations concernant les produits de la société Radcom & Cie, notamment sur la matière première de fabrication du dispositif de protection. C’était là que ca clochait. Selon lui, le coût d’achat des matières premières était bien en deçà de ce qu’il devait être. Il y avait là très certainement une histoire de malfaçon, les matières premières ne devaient être celles normalement employés pour de tels engins. Malheureusement, monsieur X ne pouvait m’en dire plus. Et les fournisseurs de la société Radcom & Cie étant méconnus à ce jour, mon enquête s’en trouva stoppée. Mais qu’importe, même si les lois contre la diffamation m’empêchent d’accuser ouvertement la société de négligence volontaire, je peux affirmer que je nourris de lourds soupçons sur ladite entreprise.
C’est en rentrant chez moi que je vis mon appartement cambriolé. Tout était sans dessus dessous, cela dit, il ne manquait rien… hormis mon holonateur portable. Dedans, se trouvait l’intégralité de mon enquête. Fort heureusement je disposais d’une copie de mes recherches, qui m’ont permis la rédaction de cet article, cela dit, les cambrioleurs ont eu accès à toute l’enquête que j’ai menée...
Aujourd’hui, je suis sans nouvelle de la société Radcom & Cie. Cela dit, un communiqué apparut discrètement sur le site holographique de la société sur la mise au point d’un nouvel appareil de protection magnétique qui allait pourvoir la nouvelle génération de croiseurs X33…
par Azouik